Kid Kapichi – Fearless Nature (2026)

Trois ans qu’on attendait la suite de Here’s What You Could Have Won. Ce 16 janvier 2026, j’étais tellement pressé que j’ai balancé la galette dès le réveil, encore dans le brouillard. Mais dès les premières secondes, j’ai compris que la fête au village, c’était fini. Kid Kapichi a fait sa mue. Et pas qu’un peu.

Le choc du renouveau

Début mai 2025, l’annonce du départ de George Macdonald (batterie) et Ben Beetham (guitare) – deux membres fondateurs – a logiquement soulevé plein de questions sur l’avenir du groupe. Les mecs invoquaient leur désir d’explorer d’autres projets, et tout s’est enchaîné très vite : arrivée de Miles Gill à la batterie et Lee Martin à la guitare. Jack Wilson (chant) et Eddie Lewis (basse) se retrouvent seuls survivants de la formation d’origine, et ça s’entend direct. C’est une nouvelle ère, mais c’est surtout une sacrément grise.

Jack l’a dit lui-même : pendant l’écriture de ces morceaux (il y a un an et demi), il traversait « une période très sombre ». Le mec a décidé de poser ses tripes sur la table sans filtre. « J’ai toujours puisé mon inspiration à l’extérieur. Dans l’actualité. Dans les affaires internationales. Mais cet album était beaucoup plus introspectif, comme si l’on se regardait dans son propre reflet par la fenêtre plutôt que de se focaliser sur ce qui se trouve de l’autre côté. » Et putain, ça s’entend. C’est punk, ouais, mais un punk vulnérable, introspectif. La mélancolie latente vient calmer le jeu, modernisée à la sauce 2026.

Un son qui claque… différemment

L’ouverture sur Leader Of The Free World, c’est le parfait exemple de ce virage. Le titre démarre sur un truc bizarre, un mélange entre un début d’album de Cypress Hill et des voix saturées façon talkie-walkie. Puis arrivent des nappes de guitares hypnotisantes pour le refrain. Le rythme est lent, lourd, sombre. Rien à voir avec le rentre-dedans systématique qui te donnait envie de tout casser dans ton salon. Fini le « BASEBALL BAT… TAKE THAAT !!! » qui te met une baffe. Là, on est dans la tête de Jack, et c’est pas joli-joli tous les jours.

Ce qui a changé par rapport à Here’s What You Could Have Won, c’est toute la prod. On a du piano-voix avec de la reverb pour donner un côté rêve-cauchemar. Tout est installé pour créer cette atmosphère nostalgique et désabusée. Stainless Steel et Head Right tentent de garder le cap avec une efficacité redoutable, mais on sent que la rythmique a changé de braquet. Les nouveaux venus apportent un twist intéressant, c’est indéniable, mais ça manque de ce côté zinzin et urgent qui faisait le sel du groupe.

Côté pépites, Shoe Size joue la carte de l’autodérision avec brio, et Intervention tape juste. Mais c’est sur des titres comme Dark Days Are Coming ou Saviour qu’on capte vraiment le projet : c’est beau, c’est propre, mais c’est triste à en pleurer. Le mixage est impeccable, la production léchée, mais tout ça sert une noirceur qui colle à la peau. Et puis Rabbit Hole vient clore la marche avec un twist inattendu : le morceau est presque pop, comme si le groupe voulait te rappeler qu’au bout du tunnel, y’a quand même un peu de lumière. C’est pas la guérison totale, mais c’est une ouverture.

Une relation compliquée

Le truc, c’est que mon avis a bougé au fil des écoutes. Au début, je me disais : « Waaaaah c’est quand même différent, sombre, mais j’aime bien. » J’étais perturbé, je ne savais plus quoi penser. Aujourd’hui, après dix écoutes, je comprends le chemin, la recherche, le message… mais je trouve tout de même que trop de titres sont inégaux. L’album n’est pas dansant, mais c’est peut-être juste que je ne suis pas aligné dans le mood qu’il demande. J’ai eu envie de réécouter pour analyser ce que je n’aurais pas compris dans la démarche, mais jamais vraiment envie de le mettre en boucle comme je le faisais avec There Goes the Neighbourhood, Here’s What You Could Have Won ou This Time Next Year.

Ces galettes-là, je les relance en boucle parce qu’elles ont ce truc dingue, cette folie furieuse qui te fout une baffe à chaque écoute. Cette urgence brute, ce chaos maîtrisé… tout ça, ça manque ici. Fearless Nature, c’est pas un mauvais album, loin de là. C’est juste que je préfère quand Kid Kapichi me colle des mandales plutôt que de me tenir la main dans le noir.

Bref, c’est un album radieux dans sa noirceur, comme disent les communiqués de presse. Moi, je trouve ça dingue de maîtrise et de courage – Jack a réussi à transformer sa dépression en moteur créatif sans tomber dans le pathos. Je ne peux pas m’empêcher de regretter la mandale qu’ils nous mettaient avant, mais je respecte profondément la démarche. C’est une renaissance qui fait mal au cœur, mais qui me donne espoir pour la suite. Kid Kapichi a grandi, mûri, et je suis curieux de voir où ce nouveau chapitre va les mener.


Écouter l’album :
Retrouvez Fearless Nature de Kid Kapichi sur toutes les plateformes : https://album.link/fr/i/1844833918

Kid Kapichi – Fearless Nature (2026)
3.5

En savoir plus sur ÇA DÉBRIEF

Subscribe to get the latest posts sent to your email.